TIFFANY BOUELLE
SOLO SHOW
Tiffany Bouelle - Les vertiges de la douceur
Du 10 octobre au 7 novembre 2026

« J’ai l’impression de soigner mes peintures ; elles semblent se réparer sous le passage de mes coups de pinceau. »
Pour sa nouvelle exposition personnelle à la Galerie Porte B., Tiffany Bouelle place le geste de réparation au cœur de sa peinture. Dans Les vertiges de la douceur, les corps apparaissent, se fragmentent et se recomposent à travers un processus dont l’artiste choisit de ne rien dissimuler. En filigrane se dessine l’expérience de la maternité, non pas dans ses représentations idéalisées, mais dans ce qu’elle engage après la naissance : une transformation profonde du corps, de l’identité et du rapport à l’autre.
La matière garde la mémoire de sa fabrication. Bandes, raccords, découpes et superpositions demeurent visibles à la surface des œuvres, comme autant de cicatrices assumées. Tiffany Bouelle construit ses figures par strates, ajoutant, recouvrant, reprenant, sans chercher à effacer ce qui précède. À la manière du kintsugi, qui révèle la fêlure plutôt que de la masquer, la réparation ne vise pas ici à retrouver un état intact : elle devient une nouvelle manière d’exister.
Cette attention portée à ce qui est fragile traverse depuis longtemps le travail de l’artiste franco-japonaise. Nourrie dès l’enfance par l’apprentissage de la calligraphie auprès de son grand-père, elle conserve de cette pratique une conscience aiguë du geste, de sa précision comme de son irréversibilité. Mais ici, le trait semble laisser place à une peinture qui accueille davantage l’accident, la reprise et l’inachevé.
Les corps qui peuplent l’exposition sont ainsi moins représentés que reconstruits. Membres, mains, visages, fleurs et objets surgissent d’un fond sombre, pris dans un équilibre instable entre apparition et effacement. À travers eux affleure l’écart entre les images héritées de la maternité — dévouement, protection, plénitude — et une expérience plus trouble, traversée par l’épuisement, le désir, la douleur et l’ambivalence. Le corps maternel n’est plus seulement celui qui porte ou protège : il devient un espace en transformation, dont les contours doivent sans cesse être redéfinis.
La douceur n’y est jamais synonyme d’apaisement. Elle réside plutôt dans le soin porté à ce qui menace de se défaire, dans cette possibilité de tenir ensemble les fragments sans effacer leurs blessures. Elle contient aussi la désorientation intime qui accompagne parfois les formes les plus profondes de l’attachement. C’est peut-être là que naît le vertige : dans la coexistence de la vulnérabilité et de la force, de la rupture et du soin, de la perte de soi et de la relation nouvelle qui se construit.
Pour cette exposition, Tiffany Bouelle prolonge cette réflexion au-delà de la peinture en invitant deux artisanes à confronter leurs gestes au sien. Avec Mathilde Martin, elle développe une collaboration autour de la céramique ; avec Julie Beudin / Omma Coutellerie, un ensemble de cinq couteaux réalisés à quatre mains. La terre, le métal et le bois viennent ainsi rejoindre la peinture dans une même attention portée à la matière, au geste et à la transformation





